Bons plans et recommandations de visites
… et encore quelques suggestions
Parmi mes lieux préférés à Zurich, il y a la Lindenplatz, d’où l’on profite d’une vue splendide sur la vieille ville, le lac qui apporte une touche méditerranéenne à la ville et une qualité de vie remarquable, le Kunsthaus avec son impressionnante nouvelle aile, le théâtre de Neumarkt, dynamique et engagé, ainsi que le Vulkan, sans doute le meilleur restaurant indien de la ville.
Biographie
Sunil Mann est né dans l’Oberland bernois. Il a travaillé comme steward pendant vingt ans et est auteur indépendant depuis plusieurs années. Il écrit des romans policiers, des pièces radiophoniques et des livres pour enfants et jeunes adultes.
Bibliographie sélective
Série Vijay Kumar
- Fangschuss (2010) – pas encore traduit en français
- Lichterfest (2011) – Fête des lumières, Éditions des sauvages (2013)
- Uferwechsel (2012) – L’Autre rive, Éditions des sauvages (2014)
- Familienpoker (2013) – Poker en famille, Éditions des sauvages (2016)
- Faustrecht (2014) – pas encore traduit en français
- Schattenschnitt (2016) – pas encore traduit en français
- Gossenblues (2017) – pas encore traduit en français

Interview
Comment es-tu venu à l’écriture, et au polar en particulier ?
C’était un pur hasard, vraiment. J’ai toujours voulu écrire, écrire des livres, mais il n’existait pas de formation pour ça. J’ai d’abord travaillé dans la presse, mais ce n’était pas ce que je voulais. J’ai fini par comprendre que je devais apprendre par moi-même. Il n’y avait pas d’autre solution, je devais m’auto-former à l’écriture. À l’époque – et c’est toujours le cas aujourd’hui – il y avait beaucoup d’ateliers d’écriture. J’ai commencé à en suivre plusieurs, jusqu’à ce que je sente que je comprenais comment ça fonctionnait. Mais le problème avec ces ateliers, c’est qu’au bout d’un moment, tu sais exactement quoi écrire pour gagner un prix. C’est une mécanique assez simple. Par exemple, l’humour, surtout pas. Les textes drôles, aucune chance. Il faut rester un peu neutre, et là, ça passe. Ça a bien marché pour moi, j’ai remporté quelques prix. Mais ensuite, je me suis dit que je voulais écrire mon premier livre, parce que je ne prenais pas tout ça vraiment au sérieux. Un auteur qui n’a pas de livre, peu importe le nombre de nouvelles qu’il écrit, personne ne s’y intéresse.
J’habitais ici, dans le Kreis IV à Zurich, et ça m’a semblé évident d’y situer l’histoire, avec un protagoniste d’origine indienne.
Alors, je me suis dit : si j’écris un roman, il doit être comme je le veux. Pas formaté pour des concours littéraires, mais à ma manière. À l’époque, j’avais déjà cette idée en tête. Je me suis aussi dit : j’ai des origines indiennes, ce serait dommage de ne pas les utiliser. Mais je ne voulais pas faire comme tout le monde en utilisant l’autofiction, ce n’était pas mon truc. Je voulais écrire sur mon univers. J’habitais ici, dans le Kreis IV à Zurich, et ça m’a semblé évident d’y situer l’histoire, avec un protagoniste d’origine indienne. Et puis, le Kreis IV était l’un des quartiers les plus criminogènes de Zurich à ce moment-là. Ça faisait sens. C’était l’élément déclencheur. Du coup, c’est devenu un polar. Ce n’était pas prémédité, je ne m’étais pas dit « je vais écrire un polar », mais l’histoire s’est construite comme ça. Je n’avais pas de plan précis. J’ai juste commencé à écrire en me disant qu’un jour, je ferais peut-être autre chose. Mais le livre s’est vite bien vendu. Et puis, l’éditeur voulait un deuxième roman. Et là, je ne savais pas du tout ce qu’ils attendaient de moi. J’avais naïvement cru qu’on écrit un livre, et hop, on est riche et célèbre. Mais écrire un deuxième roman, ce n’était pas mon projet. Finalement, je l’ai écrit, et tout s’est enchaîné. Je me suis retrouvé pris dans ce cercle. Et puis, ça reste un plaisir.
Comment est né Vijay Kumar ?
Vijay n’est pas moi, mais sa biographie s’inspire un peu de la mienne. C’était pratique, car cela me permettait de me cacher derrière lui. Je l’ai toujours vu comme un petit frère. Je voulais un personnage qui ait vécu des expériences similaires aux miennes, mais sans être moi. Quelqu’un qui me ressemble un peu, sans être une copie. Comme un frère, en somme : on partage des expériences, mais on n’est pas la même personne. Il lui fallait aussi un nom à peu près prononçable, ce qui peut être un défi avec les noms indiens. Et surtout, il ne devait pas être trop sérieux. C’était essentiel pour moi. J’ai lu tous les livres de Raymond Chandler et je voulais en faire une adaptation, mais avec une touche locale. Je voulais un détective alcoolique – mais un détective alcoolique suisse. Pas un type qui sombre totalement, juste un gars avec un reste de bon sens, mais qui ne prend ni lui-même ni le monde trop au sérieux. C’était primordial. Il y avait aussi cette idée de faire quelque chose que personne d’autre ne faisait. À l’époque, je ne connaissais pas encore le concept de unique selling point, mais je voulais éviter d’écrire un polar avec une enquête policière classique.
Mais j’ai vite remarqué que certains lecteurs se promenaient dans Zurich avec mon livre en main pour comparer avec la réalité. Quand quelque chose ne collait pas, ils m’envoyaient des emails.
Quelle importance ont les lieux dans tes livres ?
Ils sont essentiels pour l’intrigue et l’ambiance. Dans le premier tome, j’ai sous-estimé cet aspect et mes descriptions n’étaient parfois pas très précises. Mais j’ai vite remarqué que certains lecteurs se promenaient dans Zurich avec mon livre en main pour comparer avec la réalité. Quand quelque chose ne collait pas, ils m’envoyaient des emails. À partir du deuxième tome, j’ai donc été bien plus précis. J’ai délibérément choisi de ne pas intégrer de sites touristiques dans mes romans, car je voulais montrer une autre facette de Zurich. Pas celle que l’on voit dans les publicités et les films, avec ses banques et ses hôtels de luxe, mais celle des prostituées, des dealers, des personnes à faible revenu qui luttent chaque jour pour survivre. La Langstrasse est un de ces lieux, et elle joue un rôle dans chaque tome. À l’époque, je vivais dans le dynamique Kreis IV. Il était donc évident de situer mon premier polar avec Vijay Kumar dans cet environnement que je connaissais comme ma poche. C’était aussi très pratique. Si j’avais besoin de revoir un lieu, je pouvais m’y rendre en quelques minutes.
La plupart des lieux où se déroulent tes intrigues sont des lieux réels, est-ce un choix délibéré ?
Oui, je pense que lorsqu’un roman policier se déroule dans une ville, les lieux doivent être exacts. Hormis quelques exceptions que j’ai inventées, c’est toujours le cas. Dans un de mes livres, j’évoque un café pour sans-abri. Mais des choses pas très agréables s’y passent, ce n’est pas juste un lieu d’accueil ordinaire. Je ne me souviens plus exactement de l’intrigue, mais je me suis dit : Il y a deux cafés pour sans-abri à Zürich, je ne peux pas utiliser l’un des deux, ce ne serait pas correct. Donc, j’ai inventé ce café. Je ne choisis pas les lieux à l’avance, ça se décide au fil de l’histoire. Ça doit être cohérent par rapport à l’histoire et par rapport au contexte social des protagonistes. L’important, c’est que les détails ne prennent pas le pas sur l’intrigue.

Olé Olé Bar
Le Olé Olé Bar est un des lieux où Vijay se rend dans Fête des Lumières. Il se trouve sur la Langstrasse.
Sunil Mann : « Une visite à la Langstrasse en vaut toujours la peine. Ancien quartier ouvrier où vivaient principalement des travailleurs venant d’Italie, le quartier a continuellement changé au fil des années, devenant un centre animé avec ses lumières rouges et son party mile, où des jeunes de la moitié de la Suisse font la fête chaque week-end. Dans le même temps, la gentrification devient de plus en plus évidente, ce qui entraîne également un changement (vers un environnement plus bourgeois). »
Adresse : Langstrasse 138, 8004 Zürich

Daniel H.
Sunil Mann : « Le bar préféré de Vijay pour boire un verre de Amrut est Daniel H. dans la Müllerstrasse. C’est un bar joliment meublé où une grande variété de personnes se rencontrent dans une atmosphère décontractée. »
Adresse : Müllerstrasse 51, 8004 Zürich

IQ Bar
Dans Fête des Lumières, le roman débute par le dramatique passage à tabac d’un jeune homme à proximité du IQ Bar alors que Vijay est en train d’y boire un verre avec ses amis.
Extrait : « La porte s’ouvrit avec une telle violence que les clients du IQ Bar se retournèrent avec effroi. Le bruit des conversations qui avait rempli la salle comme le bourdonnement paisible d’un essaim d’abeilles s’arrêta brusquement. Pendant quelques instants on n’entendit que le ronronnement monotone du lave-vaisselle derrière le bar et les accords égoïstes de la guitare de Santana qui sortaient des haut-parleurs. »
Adresse : Hardstrasse 316, 8005 Zürich

Place Escher-Wyss
Place atypique sous le pont Hardbrücke qui se mue en scène de crime dans Fête des Lumières.
Adresse : Escher-Wyss-Platz, 8005 Zürich

Vieille ville
Dans Fangschuss, la première enquête de Vijay gravite autour du quartier des banques de la Paradeplatz au coeur de la Vieille ville.
Adresse : Paradeplatz, 8001 Zürich

Helvetiaplatz
Vijay se rend régulièrement dans l’épicerie indienne de sa mère située sur l’Helvetiaplatz notamment dans le roman Poker de famille.
Adresse : Helvetiaplatz, 8004 Zürich

Parc Bäckeranlage
C’est un des lieux récurrents dans les romans. Vijay, qui habite dans la Dienerstrasse, toute proche, s’y rend plusieurs fois.
Sunil Mann : « Bäckeranlage est un petit parc au milieu du Kreis 4, une oasis de verdure avec un café. En été, les gens s’assoient sur la pelouse jusqu’à tard et font des grillades, il y a de la musique et des tables de ping-pong. »
Adresse : Feldstrasse, 8004 Zürich







